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D’autres travaux sur le radar à antenne synthétique
Le projet SEASAT a aussi ouvert un domaine de recherche pour le Groupe des radars aérospatiaux, qui travaillait toujours au CRC à la fin des années 70. Le type de données que le satellite SEASAT a fourni est connu sous le vocable de données de radar à antenne synthétique.
Le terme radar à antenne synthétique (RAS) fait référence à une catégorie de techniques de télédétection produisant des images de la surface terrestre. Les images produites ressemblent à des photographies, mais sont, en fait, obtenues à partir d’une grande quantité de données radar (par opposition à des données optiques) traitées au moyen de systèmes perfectionnés.
La participation du CRDO au domaine du RAS remonte au début des années 70, avec ses travaux de télédétection dans le Nord (la Section de télédétection du CRDO faisait, à l’origine, partie de la Division des sciences de la Terre, qui s’occupait des programmes de géophysique arctique au CRDO). Lorsque les priorités de défense sont passées de la surveillance du Nord à la surveillance des côtes, les activités de télédétection du CRDO ont suivi, avec pour conséquence, lors de la dissolution de la Division des sciences de la Terre en 1975, le transfert de la Section de télédétection vers la Division d’électronique pour la défense.
Lors des travaux préliminaires sur l’enregistreur et le processeur optiques réalisés par la Section de télédétection du CRDO dans le cadre du projet SEASAT, la Section des radars aéroportés (encore située au CRC) étudiait également les processeurs de signaux. En 1975, deux employés de MacDonald Dettwiler and Associates (MDA) travaillaient dans la Section et préparaient une soumission pour un adaptateur d’affichage monochrome pour un processeur numérique de signal du satellite SEASAT. La NASA choisit un processeur optique plutôt qu’un processeur numérique pour ce projet (qui, comme nous l’avons déjà mentionné au paragraphe précédent, était mis au point par la Section de télédétection). Toutefois, la Section des radars aéroportés continua ses travaux sur le processeur numérique de RAS, articulé autour d’unlogiciel, pour les données SEASAT, et finit par produire le premier processeur au monde pouvant traiter les données SEASAT avec sa pleine résolution de 7 mètres de portée latérale. Ce processeur de RAS était opérationnel en 1979.
Ce fut le commencement de la participation de la Section des radars aéroportés au traitement numérique des signaux de RAS, travaux qui devaient conduire à sa reconnaissance internationale dans ce domaine. Du milieu des années 1970 à 1988, le RAS constituait la principale activité de la Section des radars aéroportés.
RAS Spotlight
Le projet de RAS Spotlight (SpotSAR) a commencé en 1982. Il avait pour objectif le développement d’un système radar d’imagerie à haute performance pour le patrouilleur maritime Aurora CP-140, qui permettrait l’imagerie à haute résolution de navires à longue distance. En 1989, le CRDO a mis au point une maquette préliminaire et, ainsi, établi la preuve de la faisabilité du concept SpotSAR. La prochaine étape était l’approbation du projet de modèle expérimental, qui fut obtenue en 1993. Le projet fut ensuite donné en sous-traitance à une entreprise canadienne. Malheureusement, pour diverses raisons, le modèle expérimental ne put être produit. Le projet ne fut toutefois pas abandonné. Bien que les travaux devront être repris là où on les a laissés il y a une dizaine d’années, il y a un intérêt renouvelé à mettre au point ce modèle expérimental. Ce fut un échec important pour ce système très prometteur.
Malgré cela, les travaux sur le SpotSAR ont conduit à des applications utiles. Par exemple, on a utilisé SpotSAR lors du MARCOT 97, un exercice d’entraînement naval à grande échelle qui s’est déroulé, en 1997, au large des côtes atlantiques. Au cours de cet exercice, on a aussi fait la démonstration d’un autre produit RAS du CRDO. On a utilisé des algorithmes de repérage automatique de navires avec des données RADARSAT pour la reconnaissance de cibles.
Encadré : En souvenir du bâtiment 13
À l’origine, ce bâtiment était destiné à l’entreposage. Au début des années 70, on demanda à environ 20 chercheurs de la Section des radars aéroportés (faisant toujours partie du CRC) de déménager dans ce bâtiment, en les assurant que ce n’était qu’une mesure temporaire. La Section des radars aéroportés devait en fait l’occuper pendant presque vingt ans.
Avec tout le luxe auquel on pouvait s’attendre dans un entrepôt en acier, le bâtiment 13 offrait un environnement de travail plutôt insolite pour des chercheurs en radar. Il était davantage en relation dynamique avec les éléments extérieurs qu’en position de s’en protéger.
En été, l’eau pénétrait dans le bâtiment quand il pleuvait. En hiver, le bâtiment ne possédant pas d’écran pare-vapeur, l’humidité dégagée par les occupants se condensait sur le toit métallique. À midi, quand le toit était réchauffé par le soleil, le givre fondait et dégouttait sur le personnel et l’équipement qui se trouvaient en bas.
En maintes occasions, le bâtiment reçut la visite d’animaux sauvages des environs. Des marmottes, qu’on pouvait apercevoir traversant les couloirs pour se rendre d’un laboratoire à l’autre; des souris aussi et, quelquefois, des chats errants probablement attirés par les souris. Un jour, on vit une tortue et le lendemain une mouffette. Une marmotte eut une fin prématurée dans un espace clos sous des escaliers et ne fut détectée que plus tard quand son odeur commença à se répandre. En plein mois de juillet, dans une zone du bâtiment sans climatisation, c’était une odeur qui passait difficilement inaperçue.
Malgré cela, les recherches se poursuivirent dans ces conditions inhabituelles, les chercheurs utilisant des feuilles en matière plastique pour protéger leur équipement et s’habituant à la présence de visiteurs non humains.
La limite de la tolérance fut atteinte le jour où un membre du personnel administratif ayant la phobie des serpents se retrouva dans un couloir nez à nez avec un imposant thamnophis en train de dévorer une grenouille. C’en était assez. Ce membre du personnel ne se sentait plus le courage d’entrer dans le bâtiment. Finalement, on prit la décision de trouver des locaux mieux appropriés à la Section des radars aéroportés.
(Les membres du personnel se disputèrent le privilège de conduire le bulldozer de démolition.)
Rapatriement de la section des radars
En 1969, après le transfert du CRTD au CRC, la recherche sur les radars a continué. Toutefois, les besoins en recherche sur les radars du ministère des Communications n’étant pas importants, ces travaux ont principalement été financés dans le cadre du Programme des coûts recouvrables, c’est-à-dire par le MDN.
À peu près à la même époque, la Section des radars s’est agrandie et nécessitait plus d’espace. C’est alors qu’on a divisé cette section en deux. Un groupe, resté dans le bâtiment 2B, travaillait principalement sur les mesures de soutien électronique. L’autre groupe, qui travaillait sur des problèmes reliés aux radars aéroportés, déménagea dans le bâtiment 13.
En 1974, la Section des radars devint le Laboratoire de recherche sur les radars. Le groupe travaillant dans le bâtiment 2B devint la Section des radars de surface et celui travaillant dans le bâtiment 13 la Section des radars aéroportés.
Alors que le CRDO reprenait graduellement l’expertise en électronique qui avait été confiée au CRC en 1969, il restait une section travaillant sur les radars au CRC. Cette section était quelque peu orpheline au sein de cet organisme. À cette époque, le CRC faisait partie de Communications Canada, dont l’intérêt principal se situait dans le domaine de la culture et de la radiodiffusion. Le CRC lui-même ne faisait pas partie des préoccupations principales de Communications Canada, les radars militaires représentant des intérêts encore plus marginaux. Tout le monde se rendait compte que la Section des radars avait une faible priorité pour le CRC et qu’elle était traitée en conséquence.
Au début des années 80, le CRDO fit savoir qu’il voulait récupérer les programmes sur les radars, afin de mieux les superviser et de les orienter dans une direction que le CRC ne semblait pas avoir l’intention de prendre. Des négociations avec le CRC commencèrent et se poursuivirent au cours des années 80.
À la même époque, le CRDO a commencé à travailler sur deux importants projets de prestige : le projet de radar spatial et le projet du système de télécommunications par satellite (EHF Satcom). Chacun de ces projets avait un budget de plusieurs dizaines de millions de dollars. C’étaient des projets de radar et de communications, initiés, dirigés, gérés et réalisés au sein du CRDO, avec seulement des relations limitées avec le programme radar du CRC. Le CRDO a mis sur pied les groupes de recherche, embauchant quelques chercheurs en défense travaillant au CRC. Il était clair que le CRDO se considérait comme l’endroit où réaliser de tels projets de recherche et développement, et il semble que le CRC en convint. En 1988, les programmes sur les radars du CRC furent récupérés (de toute la recherche militaire, le CRC ne conservait que le programme de communications militaires).
Ce déménagement n’eut pas d’effets majeurs sur les programmes en cours, la transition fut relativement harmonieuse. Une des conséquences fut toutefois qu’on construisit un nouveau bâtiment pour la Section des radars aéroportés.
CARDS : bonnes nouvelles, mauvaises nouvelles
Le système canadien avancé de déception radar (CARDS) a été développé au CRDO pour étudier des mesures de brouillage des systèmes modernes de radar à effet Doppler pulsé ou à compression d’impulsions. Sa mémoire numérique des fréquences, qui permet au brouilleur de sauvegarder et de transmettre une réplique exacte de la forme d’onde radar, constitue son caractère innovateur le plus important.
Ce système a connu beaucoup de succès. Il pouvait brouiller efficacement divers systèmes de radar. En 1996, on a octroyé le permis de fabriquer et de vendre ce système à MacDonald Dettwiler Associates (MDA). MDA a mis au point un prototype de CARDS qui a été installé sur le Challenger d’essais et testé avec succès lors d’essais de l’OTAN en Sardaigne (Italie), en octobre 1997. Le R.-U. et l’Australie ont acheté des versions de laboratoire du CARDS.
Le CARDS semblait avoir un avenir prometteur, car il pouvait non seulement servir de système fonctionnel de CME, mais aussi de menace de remplacement pour le développement de CCME et pour la formation des opérateurs de radar.
L’annonce de l’installation de ce système sur le Challenger, pour servir de dispositif de formation sur les systèmes électroniques, semblait avoir assuré son avenir. Ceci aurait ouvert la porte à l’installation de ce système sur d’autres aéronefs des FC. Les choses n’en restèrent pas là. Les Forces canadiennes annulèrent le projet Challenger, ce qui mit fin aux espoirs de voir le système CARDS entrer en service dans un avenir prévisible.
Entre-temps, le CARDS reste très utile comme prototype de brouilleur auquel les Forces armées pourraient avoir à faire face dans le futur. Il peut aussi être utilisé pour évaluer l’efficacité des versions améliorées de CCME radar sur les aéronefs des FC.