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Encadré : L’équipe des essais
La plupart des gens qui travaillaient au CRDO lors du séjour de l’équipe des essais à Shirleys Bay en gardent un bon souvenir.
L’équipe des essais était formée de membres du personnel militaire dont le travail consistait à fournir des « corps » à la Division des sciences de la protection (DSP) (et avant cela, à la Division de la Défense NBC), pour mettre à l’essai le nouvel équipement de protection. En tant que sujets des essais, ils se soumettaient à toutes situations exigées par les scientifiques de la DSP.
L’équipe des essais (qui a été composée de différentes personnes au cours des années en raison des affectations militaires) a d’abord construit un « terrain d’usure et de conception » sur le site de Shirleys Bay. Ce terrain a ensuite été utilisé pour évaluer la performance des vêtements et de l’équipement dans des conditions d’utilisation rigoureuse.
Puisqu’une bonne partie des travaux effectués par la DSP portaient sur le matériel et l’équipement utilisés dans les conditions de l’Arctique, l’équipe des essais était souvent appelée à séjourner dans « l’enceinte environnementale».
L’enceinte environnementale, plus communément appelée la « pièce froide » était une pièce dont la température pouvait être abaissée jusqu’à –40 ºC. On y a ajouté des ventilateurs pour simuler l’effet frisquet du vent. Les membres de l’équipe des essais pouvaient être branchés à un certain nombre de capteurs qui détectaient la température, les niveaux d’humidité ou d’autres signes vitaux et qui étaient installés à divers endroits sur le corps, en plus de porter un vêtement quelconque présentant un intérêt pour les chercheurs. Ensuite, on pouvait, par exemple, leur demander de marcher pendant une heure sur un tapis roulant. On pouvait aussi leur demander de faire l’essai de sacs de couchage. Souvent, au cours de ces essais, on leur demandait de dormir réellement. Comme ces essais avaient lieu durant les heures régulières de travail des chercheurs, cela signifiait que les membres de l’équipe des essais devaient se forcer à rester éveillés la nuit précédente, de façon à pouvoir dormir réellement durant le jour—branchés à des moniteurs et à des températures bien en-dessous de zéro. Ces gens devaient avoir un bon caractère pour endurer ces conditions de travail extraordinaires.
L’équipe des essais pouvait aussi être envoyée sur le terrain afin d’évaluer des vêtements et de l’équipement dans des milieux moins contrôlés. Ces essais pouvaient avoir lieu dans des régions aussi proches que le parc de la Gatineau ou dans des régions aussi éloignées que Churchill (Manitoba) ou la rive ouest de la Baie James. On effectuait ces exercices—il y en a eu douze entre 1977 et 1988—pour évaluer la performance des prototypes de vêtements, de systèmes de chauffage, de tentes et d’autre équipement dans des conditions militaires réalistes et difficiles.
L’équipe des essais a également pris part à des événements de la vie mondaine du CRDO. L’équipe a joué au softball, au ballon balai et au hockey avec d’autres membres du personnel du CRDO. Lors des pique-niques d’été, les membres de l’équipe organisaient des courses à obstacles pour divertir les enfants. Ils ont de toute évidence apporté une contribution positive à l’ambiance du CRDO, et ils ne sont pas prêts d’être oubliés. L’équipe des essais a quitté Shirleys Bay lorsque la Division des sciences de la protection a quitté le CRDO en 1994.
Des membres du personnel actuel attribuent à l’équipe des essais l’existence du gymnase complet qui se trouve sur le site de Shirleys Bay. Elle était en mesure d’acquérir plusieurs pièces d’équipement pour l’entraînement physique de ses membres. Lorsque l’équipe des essais a quitté, elle a laissé une partie de son équipement, mais elle a surtout créé un précédent. Au milieu des années 90, le directeur du CRDO, John Leggat, a approuvé les dépenses pour l’achat d’autre équipement. Le gymnase s’est donc agrandi et le nombre de personnes qui l’utilisent a augmenté.
Les activités relatives à l’Arctique ne se bornaient pas à mettre au point et à fournir des vêtements de protection et de l’équipement aux soldats. Des programmes de recherche sur l’Arctique ont aussi été mis en œuvre dans les domaines de la géophysique, de la télédétection et des systèmes de défense électronique. Le CRDO assurait la coordination de tous les programmes de recherche du CRD ayant trait à l’Arctique, tout en exécutant des travaux de recherche dans des secteurs tels que les interactions entre les glaces, l’atmosphère et la mer, les propriétés des terres arctiques et leurs effets sur la bonne marche des opérations qui s’y déroulent, ainsi que l’utilisation de techniques de télédétection pour recueillir l’information physique et géophysique et les données de renseignement.
Le CRDO regroupait ces activités au sein de la Division des sciences de la Terre qui a existé de 1970 à 1975. Elle a été formée à partir des composantes de la Section de la géophysique qui était passée du Bureau chef du CRD au CRDO en 1969.
Vers 1971, les travaux de recherche ont débuté sur les glaces du chenal Robeson, situé à l’extrémité Nord de l’île d’Ellesmere, entre le Canada et le Groenland. Des équipes du CRDO ont réalisé des expériences à grande échelle sur le déplacement des glaces en effectuant des mesures des courants sous les glaces, ainsi que du mouvement des glaces après la débâcle. Le repérage du mouvement des glaces se faisait à l’aide d’émetteurs radar répartis sur les floes et du récepteur situé au sommet de la falaise qui s’élève à partir du chenal Robeson. On recueillait simultanément des données relatives au vent grâce à des anémomètres placés sur les floes. Quand ceux-ci étaient rendus hors de portée, les émetteurs radar et les autres instruments étaient récupérés en hélicoptère.
Par la suite, on a mis au point une technique optique pour remplacer celle des radars. Le repérage du mouvement des glaces s’effectuait à l’aide d’un système optique grâce auquel l’image en temps réel, affichée sur un écran de télé, était comparée avec une image du même floe enregistrée quelque temps auparavant. Le système optique permettait de repérer des floes de plus petites dimensions, car la technique des radars ne pouvait être utilisée que pour de larges floes pouvant supporter le poids de l’équipement de transmission et de l’hélicoptère. L’inconvénient du système optique était sa courte portée.
Les données recueillies dans la région du chenal Robeson pendant une période de quelque cinq ans constituaient un aperçu précieux des effets des vents et des courants de marée sur le mouvement des glaces. Ces activités ont aussi servi de point de départ aux travaux du programme de télédétection du CRDO, dont l’exécution de levés de vérification au sol et la mise au point de processeurs de données optiques et d’autres méthodes d’interprétation des images de télédétection. Lorsque les activités de la Division des sciences de la Terre ont été graduellement abandonnées en 1975, la Section de télédétection a été intégrée à la Division de l’électronique de la défense, et la Section de recherche sur les glaces, au CRDP (Centre de recherches pour la défense (Pacifique)), pour appuyer les travaux de surveillance sous-marine qu’on y effectuait.
Les travaux de recherche relatifs à l’Arctique du CRDO ont entraîné la création de deux autres programmes de recherche. Des études ont porté d’une part sur la mobilité des véhicules sur des terrains arctiques de différents types. Le second programme relevait plutôt du domaine de l’entomologie, plus particulièrement du légendaire problème que constituent les insectes piqueurs dans les régions nordiques. Ceux--ci ont un effet indéniable sur le bien-être des troupes et les opérations (sans parler du bien-être des équipes de recherche et de l’efficacité de leurs travaux!). Les activités de R-D dans ce domaine avaient trait, entre autres, à l’élaboration de nouveaux répulsifs et insecticides, ainsi qu’à la mise au point de nouvelles techniques de traitement. Le Groupe de recherche en entomologie a d’abord fait partie de la Division des sciences de la Terre, puis, en 1976, de la Division des sources d’énergie électrique, laquelle est devenue la Division de conversion de l’énergie vers 1978. On pourrait trouver étrange que la recherche en entomologie se retrouve dans une telle division, mais ce qui semble d’abord être un choix arbitraire devient un processus très logique lorsqu’on considère les liens historiques qui existaient entre les différents programmes de recherche. À l’origine, la recherche en entomologie était reliée aux activités ayant lieu dans l’Arctique. Lorsqu’on a mis fin aux activités de la Division des sciences de la Terre en 1975, le programme de recherche sur la mobilité des véhicules a été intégré à ceux de la Division des sources d’énergie (qui allait par la suite devenir la Division de la conversion de l’énergie), ce qui semble raisonnable. Le Groupe de recherche en entomologie a aussi probablement été intégré à cette division parce que Ian Lindsay dirigeait les deux programmes. En 1979, le programme d’entomologie a été intégré à la Section des sciences de la protection et aux autres programmes de recherche portant sur la protection matérielle des êtres humains et des milieux naturels. Les activités du Groupe d’entomologie ont été graduellement abandonnées en 1980 et 1981.
Moira Dunbar (1918-1999)
Mme Moira Dunbar fait partie du groupe des premiers chercheurs qui ont travaillé dans les centres de recherches pour la défense et ont consacré leur vie professionnelle à étudier l’Arctique canadien. Lors de son arrivée au Canada, en 1947, elle avait dans ses bagages une maîtrise en géographie de l’Université d’Oxford et sept ans d‘expérience en théâtre professionnel, surtout dans des rôles comiques. (On pourrait discuter longtemps de l’importance relative de ces deux types d’expérience pour préparer Mme Dunbar à sa carrière en recherche pour la défense.)
Dès son arrivée au Canada, elle a obtenu un emploi au CRD. Selon ses propres termes, « ma première tâche était reliée aux brise-glaces utilisés dans l’Arctique. On m’a demandé de réviser le rapport d’un chercheur, et ça a suscité mon intérêt pour le sujet. »
« Un intérêt pour le sujet » constitue une expression quelque peu euphémique dans le cas d’une scientifique qui a passé le reste de sa carrière à interpréter en détail les comportements des glaces de mer. Cet intérêt lui a permis de devenir une des meilleures spécialistes du Canada en matière des glaces de l’Arctique. Elle est la coauteure, avec K. R. Greenaway, de Arctic Canada from the Air, publié en 1956. En 1972, la Société géographique royale du Canada lui a attribué la Médaille Massey. Mme Dunbar, qui a été membre de la Société Royale du Canada, a été nommée Officier de l’Ordre du Canada en 1977.
Bien que son passage au CRDO ne constitue qu’une partie de sa carrière (lorsque les activités du CRD reliées à la géophysique de l’Arctique et à la recherche sur les glaces ont été réalisées au CRDO), elle est l’exemple parfait des spécialistes de haut calibre qui y travaillaient à cette époque.
Il y avait, bien entendu, les obstacles des années 50 auxquels devait faire face une scientifique qui voulait travailler dans un milieu éloigné et inhospitalier. Elle a d’abord eu du mal à obtenir l’autorisation de participer aux études scientifiques réalisées dans le Grand Nord. En 1954, on lui a refusé l’autorisation de participer à une expédition scientifique sur un brise-glace de la Marine. Bien que les exigences d’un des postes correspondaient exactement aux qualifications de Mme Dunbar, on a plutôt embauché un citoyen britannique à contrat en alléguant qu’on ne pouvait envoyer une femme sur un navire de guerre.
Moira Dunbar était toutefois résolue à avoir accès à son domaine d’étude sur le terrain, et l’année suivante, elle réussit à décrocher un poste sur un brise-glace du ministère des Transports. « Cette fois--là, il y avait tellement de gens qui s’y opposaient, que le cas s’est rendu jusqu’à l’échelon du sous-ministre… Toutefois, il a accepté; je suppose qu’il considérait que j’étais inoffensive. » Mme Dunbar fut la première femme à participer à des croisières de recherche estivales à bord de brise-glaces du gouvernement canadien. Elle était aussi à bord du brise-glace canadien qui a escorté le pétrolier américain Manhattan, lors de sa traversée de l’Arctique en 1969, afin d’étudier le comportement d’un super-pétrolier dans les glaces.
Au cours de sa carrière, Moira Dunbar a réalisé des études analytiques sur l’état des glaces, effectué des travaux d’uniformisation de la terminologie des glaces, participé à l’évaluation des télédétecteurs utilisés pour recueillir des données propres aux glaces,
et réalisé des travaux de pointe pour
mettre au point le radar à vision latérale
pour la reconnaissance aérienne.
En 1971, Mme Dunbar constatait « qu’on peut habituellement justifier les travaux de recherche sur les glaces grâce à leurs retombées dans les domaines de la navigation maritime et sous-marine, de nature amie ou non. Les secteurs de la société civile sont intéressés par les applications relatives aux conditions de circulation météorologiques et climatiques. Il faut aussi considérer notre position en matière de souveraineté. Si nous revendiquons le droit à ces eaux, il faut sacrément bien les connaître. Et puis, il y a le problème de la pollution. En cas de déversement de pétrole, il est très utile de pouvoir établir le déplacement probable des hydrocarbures selon l’état des glaces. »
Encadré : Les changements subis par le système canadien de recherche pour la défense
Voici les quatre différentes périodes par lesquelles est passé le système de recherche pour la défense du Canada :
Avant 1947
Au début, la recherche pour la défense au Canada se composait de projets de recherche disparates qui étaient exécutés dans les installations des différentes forces armées. Lors de la Seconde Guerre mondiale, la situation exigeait une meilleure coordination des travaux de recherche, et le CNRC a accepté la responsabilité d’exécuter de nombreux projets de recherche militaires, tout en jouant, à bien des égards, le rôle d’organisme coordonnateur. Après la guerre, il était évident que la recherche pour la défense devait se poursuivre de manière bien coordonnée en temps de paix, sinon les travaux de recherche effectués par les trois forces armées se chevaucheraient et il y aurait une rivalité pour les fonds disponibles limités. C’est ainsi qu’en 1947, on créa un service indépendant de l’organisation de la Défense nationale, le Conseil de recherches pour la défense (CRD).
De 1947 à 1974
Le CRD a assuré la gestion de ses différents centres de recherches établis un peu partout au pays, jusqu’au milieu des années 70. À ce moment-là, l’organisme avait acquis un certain degré d’indépendance en matière de recherche. Les nombreux travaux de pointe réalisés démontraient clairement qu’on y effectuait de la R-D efficace, et qu’on y disposait d’une certaine latitude et d’une souplesse évidente. Mais la situation avait aussi un côté négatif, car il semble qu’on n’ait pas assez insisté sur l’obligation de rendre compte aux Forces canadiennes, et conséquemment, certaines personnes ont alors considéré que les activités de recherche s’éloignaient un peu trop des besoins militaires réels, ainsi que des activités de mise au point de techniques et de livraison de résultats qui auraient dû en découler. En outre, depuis l’intégration des Forces canadiennes, au milieu des années 60, il ne semblait plus justifié d’exiger que les activités de R-D du ministère de la Défense nationale (MDN) soient effectuées par une direction indépendante des forces. On fournissait comme argument que l’intégration de la R-D au sein du MDN entraînerait des économies de frais administratifs. On a donc décidé, en tenant compte de toutes ces questions, d’intégrer les activités de recherche du CRD en un seul programme de recherche au sein du ministère.
De 1974 à 2000
En 1974, on a transféré les programmes de R-D du CRD à une nouvelle direction, la Direction de la recherche et développement pour la défense, qui relevait du sous-ministre adjoint (Matériels) du MDN, le SMA (Mat). L’exploitation des six centres de recherche (les CRDA, CRDV, CRDO, IMED, CRDS et CRDP) de la Direction relevait du Chef – Recherche et développement ( CR Dév).
Depuis l’an 2000
Depuis le milieu des années 90, le CR Dév a entrepris la mise en place d’une stratégie visant à réaliser la réingénierie de l’organisme de R-D. Les nouveaux objectifs mettent l’accent sur la production de recettes, l’obligation de rendre compte, la création et le resserrement de liens avec les « groupes-clients » militaires, ainsi que l’affermissement de la réputation de l’organisme dans l’industrie canadienne. Le processus a abouti à la création, le 1er avril 2000, de Recherche et Développement pour la défense Canada (RDDC), un organisme qui fait partie du ministère de la Défense nationale.