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Premiers projets en électronique
Encadré : Le CRDO et le télécopieur
Il existe de nombreux exemples de technologies mises au point au CRDO qui, une fois mises à la disposition du public, ont eu un impact majeur sur les communications et l’électronique. Parfois, l’inverse s’est produit. Voici un exemple de technologie des communications qui, en entrant au CRDO, a eu un impact sur ses activités quotidiennes.
Lorsque le télécopieur a fait son apparition en bureautique (dans les années 80), cela fit un certain bruit au CRDO. Il existait des procédures à respecter pour les communications externes et la possibilité d’équiper les bureaux des membres du personnel de télécopieurs a remis en question les voies désignées d’acheminement de renseignements depuis ou vers le Centre. Les membres du personnel administratif se rappellent les longues discussions à ce sujet.
On en était à l’aube des communications quasiment instantanées et bon marché, qui allaient conduire à une multiplication du nombre des expéditeurs et des destinataires et à une augmentation spectaculaire du volume de messages. Le télécopieur a forcé le CRDO à modifier son protocole de communications et faisait entrevoir l’arrivée prochaine du courrier électronique.
CANEWS
Au milieu des années 60, les chercheurs travaillant sur la guerre électronique au CRTD commençaient à penser à l’utilisation des nouveaux mini-ordinateurs pour les nouveaux récepteurs de guerre électronique. Ces travaux prirent le nom de projet Zander et étaient soutenus par la Marine. Ce projet devint le précurseur du Système canadien de guerre électronique en mer (CANEWS), utilisé de nos jours sur tous les navires de guerre canadiens. Le développement ultérieur de ce système CANEWS fut confié à Canadian Westinghouse Ltd. et à une entreprise britannique, MEL Ltd. Un prototype d’essai en service a été produit en 1980. Les sections de guerre électronique de la Division de l’électronique pour la défense du CRDO ont participé aux évaluations techniques. Quand la Marine a décidé de s’équiper de ce système, MEL Ltd. UK a créé une filiale canadienne, MEL Defence Systems Ltd., à Stittsville, pour le fabriquer. C’était la première entreprise canadienne travaillant uniquement pour la guerre électronique. La Division a aussi participé aux activités de conception de la version actualisée de CANEWS, CANEWS-2. Ce travail était réalisé en étroite collaboration avec l’industrie, afin que cette technologie puisse être transférée sans problème en temps opportun.
SARSAT
L’objectif du projet de satellite de recherche et de sauvetage (SARSAT) était le développement de systèmes de localisation rapide d’aéronefs et de navires en détresse à l’aide de satellites. Ce projet était à la fois international (avec la participation du Canada, des É.-U., de la France et, plus tard, de l’URSS) et interministériel (avec la participation du MDN, du ministère des Communications et du ministère des Affaires extérieures). Bien que cela ait conduit à une entente de gestion extrêmement complexe, ce fut un succès retentissant.
Le CR Dév confia le projet SARSAT au CRDO, Rod Hafer devenant le chef du projet. La plus grande partie des travaux de développement furent réalisés par le CRC. En 1980, le projet fut renommé COSPAS-SARSAT, après que l’URSS et d’autres pays aient accepté de travailler avec des spécifications communes et de mettre en commun leurs satellites (COSPAS était le nom du projet similaire de l’URSS).
Le système fonctionnait avec des émetteurs de localisation d’urgence (ELT), utilisés dans les avions commerciaux depuis le début des années 70, et la radiobalise de localisation des sinistres, le dispositif d’émission équivalent pour la marine. Le satellite servait de simple répétiteur, recevant le signal des ELT et le remodulant sur une fréquence porteuse à trajet descendant. Le signal était reçu au sol par un terminal local d’usager (TLU). Le décalage Doppler était mesuré lorsque le satellite passait au-dessus de l’émetteur ce qui, en ayant connaissance de l’orbite du satellite, permettait de calculer la latitude et la longitude de l’émetteur. Ces données étaient ensuite transmises, par l’intermédiaire d’un centre de contrôle de mission (CCM), vers un organisme de recherche et de sauvetage local.
L’industrie canadienne a largement contribué au projet SARSAT. SPAR Aerospace a produit les répétiteurs montés sur les satellites américains. Canadian Astronautics Ltd. d’Ottawa a fabriqué le terminal local d’usager installé au CRDO et ceux des É.-U. SED Systems Ltd. de Saskatoon a conçu et fabriqué le centre de contrôle de mission installé à la BFC Trenton.
Encadré : En route pour l’Ouest?
En 1974, le ministre de la Défense nationale, Monsieur James Richardson, a annoncé la création d’un nouveau centre de recherches pour la défense, qui devait être situé dans la circonscription électorale de Winnipeg Sud (la sienne) et prendre le nom de Centre de recherches pour la défense Manitoba (CRDM). Les Divisions des sciences de la Terre et d’électronique pour la défense du CRDO et le Programme des radars à coûts recouvrables du CRC devaient quitter Ottawa pour aller s’y installer. Ce déménagement entrait dans le cadre de la décentralisation des ministères qui était alors la politique du gouvernement fédéral. On disait que la présence de ces programmes allait stimuler le développement de l’industrie de haute technologie dans cette région.
On passa beaucoup de temps à établir les plans du nouveau bâtiment. Le personnel du CRDO collaborait avec les architectes pour s’assurer que ses besoins seraient satisfaits. Bev Young, de la Division d’électronique, était la personne-ressource au CRDO et son bureau du bâtiment T5 semblait constamment recouvert de grands bleus. La rumeur courrait que le personnel du CRC touché par ce déménagement avait surnommé la partie du bâtiment qui devait leur revenir « l’Aile Pelletier », en hommage à Monsieur Gérard Pelletier, alors ministre des Communications (non pas le ministre à qui on devait ce déménagement). Ken Peebles a fait état des résultats d’un voyage qu’il avait fait à Winnipeg, parlant de la disponibilité des différents types d’habitation (photos à l’appui) se trouvant aux environs des différents sites étudiés pour la construction du nouveau Centre. Face à cette « occasion », les réactions étaient variées, certains avaient hâte de déménager, alors que d’autres étaient vraiment soucieux à l’idée de devoir partir.
Les travaux continuèrent au CRDO et, deux années plus tard, le projet fut abandonné lorsque Monsieur Barney Danson (de Toronto) devint ministre de la Défense et décida que ce déménagement n’était pas nécessaire.
Alors que le système n’en était encore qu’en phase de recherche et développement, les résultats furent immédiats. Roy McPherson, gestionnaire adjoint du projet et évaluateur en chef du système, se rappelle une anecdote souvent contée :
« [Le] 9 septembre 1982 (moins de trois mois après le lancement de COSPAS-I), un petit avion s’est écrasé dans une vallée éloignée au nord-ouest de la C.-B. L’avion s’était éloigné de son itinéraire de 90 kilomètres et les sauveteurs auraient dû chercher avec peine pendant des jours dans un environnement très accidenté le site de l’écrasement. Au lieu de cela, COSPAS-I a détecté l’émission ELT et l’a transmise au TLU du CRDO. Après traitement, les données sur l’emplacement furent transmises au CCM à la BFC de Trenton, qui avertit l’organisme de recherche et de sauvetage local. En quelques heures, les survivants étaient secourus, apportant la preuve de l’utilité de ce système. »
À la fin de la période d’essai et d’évaluation, en 1985, le système avait servi lors de 194 cas de détresse à travers le monde touchant 529 personnes, dont près de 500 furent sauvées.
Le CRDO a terminé ses travaux relatifs à ce projet en 1985. Au cours de l’été 1991, le système canadien SARSAT a été déclaré entièrement opérationnel et sert depuis pour les activités quotidiennes de recherche et de sauvetage.
SEASAT
Le projet SEASAT était un projet de télédétection ayant pour objectif la fourniture de données dans le cadre d’études océaniques. C’était un projet international dirigé par les É.- U. Les Divisions d’électronique pour la défense et des sciences de la Terre (Télédétection) du CRDO étaient les participants canadiens.
La Section de télédétection du CRDO accepta la responsabilité de la mise au point d’un appareil d’enregistrement (pour enregistrer en temps réel les signaux radar provenant du satellite) et d’un appareil de traitement des signaux (pour le traitement ultérieur des données). Ces deux appareils devaient fonctionner dans le domaine optique. Ces travaux furent sous-traités à l’industrie mais, au cas où cette dernière s’avérerait incapable de livrer la marchandise, le CRDO entreprit également la mise au point de ces outils dans ses propres laboratoires. Grâce à cette prévoyance, un enregistreur et un appareil de traitement de signaux optiques purent être installés à temps pour le lancement du satellite en juillet 1978, à Shoe Cove (Terre-Neuve).
L’enregistreur optique était conçu pour enregistrer le signal air-sol démodulé du satellite SEASAT à l’aide d’un récepteur et d’une antenne parabolique installés à Shoe Cove. Le signal était affiché sur un écran cathodique sous forme d’un très petit point qui traversait l’écran. C’est le mouvement de ce point qui était enregistré sur une pellicule cinématographique. Le mouvement de la pellicule était synchronisé avec celui du satellite. La pellicule ainsi exposée était illisible sans l’utilisation du deuxième dispositif mis au point par les Canadiens, le processeur optique.
En fait, le CRDO avait mis au point deux processeurs, un qu’il avait sous-traité et un qui avait été mis au point dans ses laboratoires comme appareil de réserve. Le processeur sous-traité fournissait une imagerie continue de bandes de 50 à 75 kilomètres de largeur et de centaines de kilomètres de longueur.
Le satellite SEASAT n’a fonctionné que pendant trois mois, avant que son système d’alimentation ne rende l’âme. Toutefois, au cours de cette période, il avait fourni une quantité énorme de renseignements de haute qualité. Grâce à un bon système d’enregistrement et de traitement des signaux, les données obtenues dans l’espace permirent d’obtenir une résolution d’un mètre.